Feuillets Volants

Dans les champs, l’orage qui se préparait ne semblait pas affoler les bêtes. Cet écrit, griffonné dans un cahier quelque jours plus tôt, me revenait en mémoire alors que les nuages, les lignes électriques et les vaches m’impressionnaient par leur imperturbable capacité à être.

Là.

Ils voudront tuer la poésie, oubliant que c’est elle qui les fit tenir debout. Ils voudront brûler les mots, oubliant que ce sont eux qui les firent humains. Et toi, tu seras là. Toi, détrousseur de cadavres, tu déterreras des milliers d’histoires. Toi, cendrillon des bas-fonds, tu souffleras sur l’étincelle des rêves. Toi, tu seras là.

(Lily Wave – 6 aout 2019)

Hier, j’ai retrouvé mes lunettes ( les 2 nouvelles paires).

Aujourd’hui, j’ai perdu mes chaussures (les 2 dernières paires).

Signé: Sandrillon la Bigleuse.

Je vais voir ma cabane. Dedans il y a plein de couleurs. Plein de papillons. Ça volette. Les blancs sont des morts, les jaunes sont des mères, les rouges sont rares et les verts ne sont pas encore nés.

Dans ma cabane, quand j’ai le cœur qui saigne, je me plante des aiguilles dans les doigts. Aussi, dans le ventre. Je joue à la Belle au Bois Dormant. Ma cabane, c’est un ange. Un ange aux pieds crevés.

Lily Wave (2015)

Dans cette vague lente où l’hiver me couvre de ralentissements mon âme trépigne d’impatience enfantine. Rien ne semble plus lourd que la permanence molle des soirées où des corps d’éthérés se fracassent contre les murs de leurs rires dénués de larmes rudes et concrètes. Mes yeux s’échappent à la pauvreté de ces chairs en souffrances, mon cœur bondit dans sa cage, cogne, hurle et torpille les ouïes des convives inaptes à regarder la vie qui coule de travers. Dans cette vague lente où l’hiver m’englue dans d’arides serments, mon estomac cherche à vomir ces fantômes étouffés par les glaires d’une colère ravalée dans des fêtes ravagées par la loi du silence. Mes pores s’asphyxient aux frôlements de sourires de circonstance, mes os se brisent en mille éclats, ma peau falsifie les rivages de cristal. Le navire se heurte aux falaises de malaises vibratoires tandis que l’écume des mots se pétrifie avant d’avoir connu la mer. Mon esprit balbutie, ma langue bascule dans la vanité d’y percevoir les crânes de l’ignorance. Dans cette vague froide de l’hiver où s’enracine la promesse d’une renaissance, mes pieds trépignent d’impatience, ma bouche s’enfonce dans des grimaces qui trébuchent sur le regard tombé par terre de l’enfant oublié dans la salle d’attente du dentiste.

Où êtes-vous corps de terre, d’eau et de volcan ?

Où êtes-vous nuages furtifs, vifs et fracassants ?

Où es-tu gamin dansant des nuits entières sous la lune froide ?

Où es-tu sale gosse grattant tes croûtes aux genoux ?

Où es-tu, toi.

[Lily Wave – Brécey le 21/01/2020]

De la mer à l’hôtel, de l’hôte à la mère, de la terre au ciel et puis la route du petit matin pour entrer dans l’antre du théâtre quand enfin le bonheur amer du reflet flou d’un gribouillage au détour d’un café me scotche.

[L’Inti-Mythée – 2019]

AUJOURD’HUI, L’ARME de PLUIE.

« Il y a l’amour romantique : des soupirs, des illusions, peu d’audace. Il y a l’amour vache : des coups, et la collision des chairs. Il y a l’amour tragique : il vaut mieux mourir que vivre à deux. Il y a l’amour platonique : la sotte pureté. Enfin, il y a l’amour bourgeois : des calculs. (…) L’amour bourgeois contient tous les autres : il n’est pas dupe. Il est surtout poignant de se savoir dérisoire. » (Alain Bosquet)

Merde alors, c’est dur de parler d’amour! Demain j’essaie de le dessiner!

(sept 2017)

Souvent le cœur qu’on croyait mort

N’est qu’un animal endormi ;

Un air qui souffle un peu plus fort

Va le réveiller à demi ;

Un rameau tombant de sa branche

Le fait bondir sur ses jarrets

Et, brillante, il voit sur les prés

Lui sourire la lune blanche.

[Cécile Sauvage, 1915]

Toujours pas d’appareil photo en état de marche à l’atelier; voici (en attendant qu’une solution se pointe ) un texte de saison retrouvé dans un tiroir.

HISTOIRE DE SAISON (Hiver)

Il était une fois une huître qui avait mal au ventre. Elle s’étonnait : « Aurai-je becté un banc d’plancton d’travers, un vieux tire-bouchon par l’envers, une crevette en colère, la côtelette de mémère, ou la jartière de dieu qui c’est l’père? » Bref, ça lui tourbillonnait le ventre, ça lui donnait des nausées. Un requin-marteau, médecin de son état, examina la demoiselle : – Ne vous inquiétez pas Miss, vous avez la gastro, tout ira mieux après un bon dodo! Au petit matin, toute gueule béante, notre huître avait rendu et émergeant des profondeur stomacal du mollusque bivalve soulagé, il y avait une jolie perle fine,qui en fait était un sacré bout de p’tite bonne femme diaphane et nacrée… une vraie déesse! Bref, voilà comment d’un vomi d’huître est née Aphrodite. Comme quoi, y’a pas de quoi en faire tout un plat. Pas des huîtres. De la Beauté.

Lily Wave – Janvier 2009.

Des rencontres.

Des échanges.

De la solitude.

Des dilemmes, des colères, des joies simples.

Ces derniers jours furent beaux.

Emplis de vie. Emplis de vide.

Ces derniers jours furent tristes.

Ces derniers jours furent palpitants.

Pas si simple d’être humain.

Pas si simple d’être là. Honnêtement.

Mais, Mémé met mes méthodes en mots:

« Pas si compliqué d’être avec toi. »

Alors, ça va mieux.

Mémé l’a dit. Pas con-plis-quai.

Oh! Quai qui accueille!

Soit plus sûr de ta générosité.

C’est Mémé qui l’a dit.

(LLW 28/09/2017)

« Cher Monsieur H.,

Vous êtes mon psychiatre régulier,

depuis bientôt la moitié

de ma vie.

Alors quand je vous confie,

que je me sens nymphomane

en ce moment;

et que vous ricanez,

cela ne me plait pas trop.

Car en fait je ne sais pas;

si vous vous moquez de moi;

si vous avez des idées salaces,

si vous ne me pas prenez au sérieux,

ou si c’est une bonne chose pour moi.

Merci de vite m’expliquer,

plutôt que de me donner des cachets

qui me rendent fatiguée,

et ne m’empêche pas de me masturber.

Votre patiente attachée. »

sept 2017

« Ce qui est parfait chez moi, c’est ma capacité à dessiner des graffitis de bites. C’est au collège que j’ai commencé à gribouiller des bites (sur les pages de mon agenda au stylo BIC, dans les coins de table au compas, sur les vitres sales au doigt),…-. Au début, ce n’était guère facile car les esquisses étaient bonnes mais dans ma rage de perfectionnisme, j’avais ce désir d’améliorer le croquis et cette tendance à ajouter force détails anatomiques qui alourdissaient le style graphique du graffiti.. Arrivée au lycée, je persévérais assidûment pour développer ce talent ; ainsi dès ma troisième année d’internat, j’avais atteint un niveau qui à mon goût était correct (dés cette époque, la couleur me happa). Des bites multicolores fleurissaient dans tous les recoins sombres, cachés, voir tristement oubliés de l’établissement scolaire. Dés mon entrée à l’université, je décidais de voir plus grand, d’élargir mes horizons artistiques: mes graffitis de bites seraient tout en concept ! (Je graffitais sans stylo, sans compas, sans doigts, sans bombes ni pinceaux !) Je taguais l’invisible, j’exprimais l’indicible, je me gavais d’abstraction !!! Aujourd’hui, comme tu t’en doutes, je suis devenue une grande professionnelle du graffiti de bite (reconnaissance à échelle internationale, voir intergalactique!), car je peux dessiner un champs de phallus révoltés, de zob complices, de verges essoufflées, de braquemarts repus, de popol-s énervés, de zizis rigolos en quelques secondes. Sans même lever le petit doigt ! D’ailleurs, regarde autour de toi. Tu vois, ça marche ! J’suis vraiment trop balaise. Yep.» ( Exercice oulipien d’IMMODESTIE- août 2017, à Pirou-Calvados )

« On s’endort parfois sans s’en apercevoir au milieu de la vie réelle, et alors, au lieu de penser, on rêve. » (Eliphas Lévi)

[ Histoire Triste qui espère qu’un passant la lira avec un ouvre-boîte en guise de paire de lunettes. ]

La Princesse est Perdue. Éperdue. Murée. Emmurée. La Tour est de plomb. Le Silence est d’airain. L’Écho demeure vide. Derrière les mots affolés se niche la Vacuité. Déchirure. Vaine. Veines. Palpitations rongées. Griffures retenues à l’orée des ongles. Hurlements inaudibles et terrifiants. Le Silence est poids. L’enthousiasme ne suffit pas. Elle gifle son âme à coup de serpe usée. L’enthousiasme ronge la réalité. Elle frappe son visage sur la vitre des rêves avortés. L’Écho est poisseux. Les Murs sont lourds. L’Absence est rouge. Le Temps n’a plus de chair. Le Corps s’enfonce dans la pierre. L’Amour n’est plus qu’un fleuve noirci par des cris in-entendus. La Peur de n’être jamais entrevue englue chacun de ses pas. Statue. Stature. Statut. Abandon. Elle cesse de respirer mais n’en meure pas. Les fantômes joyeux ne sont plus là. Ne demeurent que les âmes grimaçantes. Mensonge. De quel côté poser le regard ? Là ? Une Tour qui projette ses propres limites. Là ? Un Silence qui vomit des vers creux et meurtriers. Ici ? L’Écho des rires mal placés et des naïfs élans. Lâcheté. Elle, c’est une Princesse Morte. Une Pénélope qui a perdu la foi. Personne ne viendra la délivrer. Personne ne lui chantera la douceur de l’eau et l’espièglerie des oiseaux. Les ronces qui croissent sur son corps seront ses compagnes. Les cailloux qu’on lui jette aux visage troueront ses espoirs. Les nuages ne seront qu’ ecchymoses, les ruisseaux seront noyades. Là-bas, le cœur des Gens est vert-de-gris. À demi-mort, à demi-vif. Excisé et saignant. Là-bas, la peur des Gens a remplacé l’enchantement des Sept Naïfs et de la Fée Cloche-Pied. Ici, les Princes n’ont plus la rage d’Antan. Leurs armes sont tombées par terre avec leurs rêves d’amour. Les Princes ont été scarifiés par de fausses princesses. Leur cœur est prisonnier de l’épine qu’elles ont fichés à l’intérieur. Les Princes n’ont pas le moral et ne savent plus s’ils savent encore danser. Ici, la Loi répond en baillant et le Roi continue à tricher en espérant qu’on s’apitoie sur son sort. Ici, une Vraie Histoire Triste vient de s’écrire en espérant qu’un passant la lira avec un ouvre-boîte en guise de paire de lunettes. Une petite Histoire Grise de rien du tout comme un trait de crayon à papier sur un vieux papier chiffonné.

Lily Wave, 07 oct. 2019.

[ESQUISSE]

Dans la nuit –

Dans le jour-

Les larmes-

Les silences –

Les vides –

.-

[cette enfant attend encore celui qui ne viendra pas]

[Il regarde les carreaux du lino et dit]: « Et si nous n’étions que le reflet de nos propres ombres? » Je l’écoute. Démunie. Ne sais quoi lui répondre. Le silence envahit la petite mansarde. Et dans cette étroitesse, le silence devient un gouffre insondable. Immense. Infranchissable.

[ Être si proches et pourtant si loin de lui m’étourdit, je baisse les yeux et murmure:] « Et si nos corps étaient la porte de sortie de nos âmes amoureuses, tu ferais quoi? ». Il n’entends pas. Aucun geste. Aucun regard. Je n’insiste pas. Mon cœur se brise. Me voilà redevenue cette enfant hurlant dans l’espoir que ses cris seront entendus par celui qu’elle attend… Mais aucun son ne sort de ma bouche. Rien ne bouge. Je me lève, j’allume le magnétophone. « Yellow Submarine« . Il dit  » J’aime bien les Beatles ». Moi, j’aime pas et ça tombe bien parce que je m’en vais.

Dans la rue, ma colonne vertébrale se déploie, mes poumons explosent. Je respire. [Je pense:] « Prostrés dans nos peurs respectives. Bien à plats sur la table-à-vivre sans outrance. Bien au chaud dans nos habitudes. Nous avons su éviter le pire. Bravo. Nous avons bien grandis.. Mais MERDE! J’y comprends rien! Parle! Parle-moi! ». Personne ne répond. Je marche et me prends à rêver d’un qui ne serait pas un prince charmant et qu’on s’aimerait follement parce que lui c’est un comique et moi j’ai pas la gueule d’une princesse charmante. La nuit tombe, je vais me coucher. J’irai peut-être le revoir demain.

Aujourd’hui, nous étions le 8 novembre 1989. Et finalement, c’était une journée plutôt intéressante.

[ Lily Wave – Brecey, Novembre 2019]

La vie et la mort se côtoient dans tes jours simples. Tu es perdu entre les intersections des « je suis » et des « je fus ». Tu voudrais pleurer. Oui, tu le voudrais. Le fais-tu? Je ne sais pas. Tes certitudes? Elles fuient. La cruche est binaire. Tu le sais bien. Passé et présent se confondent en une étrange brûlure. L’amour hurle « embrasse-moi ». Son cri te pétrifie, tu te débats sans jamais toucher les étoiles. L’absolu est approximatif, son corps est palpable. Il n’étanche pas ta soif. (Et s’il n’était rien de plus facile que de se tenir par la main, que de toucher mon sein, de caresser ta joue. Notre conscience de finitude usent nos nerfs et nos élans – voilà ce que je voudrais souffler à ton oreille.) Es-tu encore là? Oui, tu es là et nos mots sont des braises. L’ange a écrit  » je t’aime » sur nos fronts heureux et fatigués. Gorgés de la vie qui s’écoule trouble et sans faux-semblant, nous rions. Aimons-nous encore; aimons-nous toujours. XXX

[Lily Wave pour H.W.- 25/12/2019]